Avenirs (février 2017 2037)

L’affichage des données corporelles dans ses lunettes à réalité augmentée indiquait qu’il avait déjà parcouru une grande distance depuis le matin, 2h30 en tout, tandis que sa nutrition et ses temps de repos / sommeil étaient très bons, de quoi se réjouir.

Son travail d’écriture se faisant en marchant, le nombre de ses pas augmentaient rapidement, information sur laquelle était basée la mesure des longueurs de trajets.

Il aimait bien sortir, l’atmosphère grise et très pure de la ville de Brest en cet fin d’après midi du premier jour de février 2037 l’y encourageait.

Assis sur le canapé bientôt cinquantenaire il regardait le ciel gris uniforme.

Les cris joyeux des enfants montaient du parc de jeux situé sous la fenêtre.

La douceur de l’hiver était inhabituelle et rendait les gens heureux.

Depuis une dizaine d’années l’atmosphère de la Terre s’était vidée de la pollution.

La séquence catastrophe qui semblait inéluctable 2 décennies auparavant n’avait pas eu lieu.

Les bonnes décisions avaient été prises par les gouvernements élus de l’époque.

Les conflits s’étaient évaporés comme par enchantement dès l’instant de la disparition des multinationales.

S’il fallait une preuve de la dangerosité de ces anciennes structures sociales, aboutissement du capitalisme triomphant, elle était dans le calme qui avait envahi le monde des humains.

Le bruit de la serrure s’ouvrant de l’extérieur le sorti de sa méditation. Une femme légèrement plus jeune que lui entra et posa un manteau léger sur une chaise.

« Bonjour mon ami! » dit elle en le regardant avec son air mi sérieux mi moqueur. « J’ai lu ce que tu as écrit, tu as effectué un demi tour ? »

« Ha! Mon soleil! Bonjour ma douce. » Lui répondit il de son canapé en tournant la tête et en ouvrant les yeux. Le reste du corps en position de lotus, les jambes croisées sous lui.

« Oui! Cet avenir est bien le contraire du premier. Tout dépendra des choix de ceux qui se croient au dessus des autres. »

« Ce scénario est tout aussi improbable que le sinistre brouillard. » Dit elle.

« C’est l’antithèse du brouillard, son exact opposé, pas sûr que même si toute utilisation des énergies fossiles s’arrête là, dans l’instant, l’atmosphère soit pure dans 20 ans. » concéda t’il.

Sa présence lui semblait réelle. Le parfum ne pouvait être rêvé!

Il lui parlait comme si elle était là, elle dont la réalité ne lui faisait aucun doute.

« Contrairement au mauvais final qu’était le brouillard, l’atmosphère pure de la Terre en 2037 serait le résultat d’une prise de conscience collective. »

« Finalement les moyens d’interconnexions entre les individus avaient fait naître la conscience humaine. »

« Sauf qu’il faut montrer les deux, le pire brouillard tueur et la bonne atmosphère pure bénéfique, pour que les gens comprennent qu’ils sont devant un …choix »

Il laisse aller la parole, expliquant à celle dont il est persuadé de la présence.

La décennie passée lui revient en mémoire, pendant laquelle elle avait été son inspiration.

Le soleil l’empêchait de travailler, rendant impossible l’utilisation des écrans.

Les ouvriers avaient envahi le toit de l’immeuble, couvrant ses pensées du vacarme de leurs perceuses à percussion.

Luttes regardait par la fenêtre et l’interrogeait du regard, allaient ils continuer longtemps ?

Qu’avait il fait pendant ces 11 années passées à la lisière du monde du travail salarié contraint ?

Une immersion dans les lisières des terres occupées par celles et ceux qui s’appellent eux mêmes « les travailleurs ».

Des gens qui refusent aux autres de faire partie de leur monde mais qui s’en servent pour se valoriser à leur dépend.

Existe t’il une solidarité des salariés envers les chômeurs ?

Comment serait ce possible puisqu’il y a mise en concurrence des unEs contre les autres.

Si les patrons choisissent de se faire la guerre est ce vraiment le cas des ouvrierEs salariéEs contraintEs.

Dès la prime enfance la société est présentée comme ayant des étages.

Si vous naissez à un niveau il vous sera très difficile d’atteindre ceux d’au dessus.

Rares sont les personnes qui décident de descendre au dessous de leur condition, volontairement.

Depuis 11 ans il dérivait, emporté par des courants tumultueux ou bien en panne dans des lieux sans vent.

Sa vision du monde avait eu le temps de se peaufiner.

La pauvreté matérielle créait autour de lui de la solitude et il la ressentait comme une violence produite par la société.

Cette violence était apparente dans son quartier rénové mais peuplé de gens pauvres.

Le journal local titrait régulièrement à la une le nom du lieu: Pontanézen.

Il imaginait les actionnaires du quotidien se frottant les mains à chaque voiture brûlée.

« Bonjour, tu vas bien? » Afficha le smartphone.

« Coucou, oui ça va. Sauf que je n’avance plus car bloqué pour démarrer le dessin. »

« Tu veux que je vienne? Ça va pas t’embêter? »

« Ho non! Au contraire. J’ai envie de te voir. »

En fait il avait essayé de se changer les idées en changeant le texte des SMS.

Elle ne parlait pas de passer chez lui mais prenait juste de ses nouvelles ou en donnait d’elle même.

Le Monde à l’extérieur de l’appartement lui paraissait inaccessible et pourtant il travaillait sur en prendre conscience par la méditation.

Dehors, les ouvriers posaient des toiles goudronnées sur les toits des immeubles. Les chalumeaux produisaient sons et odeurs néfastes.

Le brouillard qu’il avait imaginé lui revint en mémoire.

Il fallait qu’il fasse quelque chose contre cet avenir possible, et vite!

Le week-end était passé par là qui l’avait entraîné en une introspection solitaire et nocive à travers de sombres méandres imaginés.

Le brouillard lui était revenu en mémoire matérialisé par la boisson.

S’il voulait travailler il fallait jeter l’ennemi par dessus bord.

Il savait que ça allait être dur. Il connaissait bien son ennemi et l’avait déjà vaincu.

Cette fois ci il n’aurait pas le soutien du groupe qu’il ne voulait plus rejoindre.

Le groupe lui avait appris à se défendre, espérait il.

Il se réveillait content d’avoir échangé quelques mots par textos avec elle la veille.

D’ailleurs, ça commençait plutôt bien.

En ce premier jour de mars, mois de la guerre, sur la Terre, les batailles faisaient rage.

Mais il se disait que tout allait bien pour eux deux.

Lui et Luttes étaient à l’abri alors que dehors le vent, la pluie et le froid les aurait certainement tuéE.

Ça allait être une grande journée, il le sentait.